On croit, à tort (et cela relève souvent d’une classe de l’intelligentsia mal fagotée), qu’il n’existe qu’une grande littérature ; la classique. Tout écrit qui se dérobe aux règles du classicisme (français de surcroit) est relégué, manu militari, au rang de livres de second rang, au titre de littérature de genre, au niveau de livres de lecture secondaires. Certains appelleront cela de la paralittérature : ce qui tourne autour la littérature. Position suprématiste qui consiste a imposer une certaine dominance d’un type littéraire, cette attitude décourage et effraie, même, plusieurs lecteurs qui, pour un plaisir bien simple et bien affirmé, préfèrent les littératures de genre.

Premier point. Sous littérature de genre on entendra les sections science-fiction, horreur et fantastique, polars, sentimental, et autres littératures sous-classées. En Librairie, ces sections font des ventes élevées et supérieures à la littérature dite générale.

Alors peut-on affirmer « je lis du polar » sans passer pour un criminel refoulé qui sublime ses passions meurtrières à travers des romans noirs et des personnages désaxés ? Peut-on dire « je lis du sentimental » sans passer pour un troublé émotif qui vit d’échecs amoureux en ratages sexuels et qui se substitue aux aventures rocambolesques érotico-romantiques des personnages des « romans d’amour » ? Peut-on lire de la science-fiction sans passer pour un être isolé et asocial qui, reclus dans le sous-sol de ses parents, se prépare a une invasion extra-terrestre en lisant TOUT ce qui existe sur les mondes d’ailleurs et qui peut parler d’une façon fluide le klingon, la langue de E.T. et même le Wasurbich (cette langue n’existe pas… juste vous dire les préjugés… non !?!) ?

Je réponds oui. J’ajoute : lire un polar, lire un roman d’aventures, lire un livre d’amour, même si c’est un amour amoureux sirupeux sentimental d’amouuuuuuur (ouin… bon…!), ce n’est pas se reléguer à une littérature mineure, à une seconde classe de bouquins, à un plaisir coupable non avouable. C’est affirmer ses goûts ET déclarer qu’il y a une place, importante et incontournable pour ces livres et leurs auteurs. Sinon, que faisons-nous de Lovecraft, de Poe, d’Asimov, de Boileau-Narcejac ? Des auteurs secondaires ? Des écrivains méprisables ?

Et qu’en est-il des lecteurs ? Des gens sans envergure, sans culture, sans intérêts ? Qui se vautrent dans la « petite littérature », pardon ! dans les petits livres secondaires ? Des lecteurs sans la « grande » aspiration : lire de la vraie littérature ?

Il faut arrêter ce diktat de la supériorité des littératures. Pour 3 raisons précises :

  1. Chacun a le droit de lire ce qu’il veut sans être critiqué pour ses choix, tout autant que les auteurs ne doivent pas être critiques pour le genre choisi de leur roman, mais pour la qualité du récit et de leur écriture.
  2. Cela entraine une classification anormale et totalement aléatoire et subjective, dictée par les biens-pendants de la littérature et ceux et celles qui pensent savoir et qui croient avoir raison.
  3. Cela éloigne les jeunes générations de la lecture.

J’explique ce point 3. En rabaissant certaines œuvres à de la sous-littérature, on peut considérer que ces livres ne sont pas bien à la lecture (lire : propres à la consommation ou néfastes) pour les jeunes, non pas moralement, mais en tant que conception de ce qu’est la littérature. Ce n’est pas en assommant les jeunes lecteurs avec du Zola qu’on les motivera. C’est, s’il le faut, leur proposer du Maurice Leblanc ou du Jean-Pierre Andrevon pour les amener progressivement vers le roman de la critique sociale. C’est les faire lire par plaisir, et pour le plaisir, avant de les pousser à la lecture critique. C’est lire Harry Potter avant de comprendre Fahrenheit 451.

Non, il ne faut aucunement avoir honte de lire de la littérature de genre. La gêne repose plutôt chez ceux qui ne lisent pas du tout, ou ceux qui, trop fermés, ne s’en tiennent qu’à un type de lecture, croyant qu’il n’existe que cela. C’est valide autant pour les fanatiques de genres littéraires que pour ceux qui les réfutent et prônent l’unique importance de la « grande littérature », celle qu’il faudrait lire.

Mike C Vienneau, Libraire para lecteur