Dans le cadre du salon « Elles : femmes inspirées, femmes inspirantes », j’ai fait une entrevue avec Élise Gravel, auteure-illustratrice incontournable en littérature jeunesse. Voici ce qu’elle a répondu à mes questions.

Vous êtes reconnue pour vos univers ludiques et votre humour un peu absurde. Mais depuis quelques années, vous créez des œuvres à portée ouvertement sociale, comme votre illustration pour l’accueil des réfugiés syriens, par exemple. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer de cette manière ?

J’ai toujours eu une fibre engagée socialement, depuis mes tous premiers livres (Le catalogue des gaspilleurs et La clé à molette, qui critiquent la surconsommation; Nunuche Magazine qui parle de l’obsession de la beauté et de la minceur; mes livres sur les monstres et Le grand Antonio qui parlent de différence, Olga et La grincheuse en tutu qui parlent de curiosité scientifique ou qui défient les stéréotypes de genre). Ça fait partie de moi et de mon art; je ne peux pas m’empêcher de faire la morale à tout le monde 😉

Vous avez aussi mis en ligne, sur votre page Facebook et votre site internet, une affiche « Les filles peuvent être ». Comment vous est venue l’idée d’un tel concept ?

Je ne me souviens plus! Ça doit venir d’un truc qu’une de mes filles m’a dit (j’ai deux filles de 10 et 13 ans) ou de leurs perceptions de ce qu’une fille doit être pour être acceptée. Mais je fais tellement de dessins que, parfois, j’oublie d’où l’idée m’est venue!

Dans le même ordre d’idées, vous avez créé une affichette « J’aime mes monstres » où vous faites l’éloge de la diversité corporelle. Est-ce que c’est lié à une problématique spécifique que vous avez constaté ou était-ce une envie plus générale ?

C’est une idée générale d’acceptation de la diversité qui est en ligne directe avec tous mes livres de monstres. Mais j’avoue que le climat Trumpiste a précipité mon envie de promouvoir la tolérance et l’ouverture à l’autre chez les enfants. C’est la prochaine génération qui va nous faire avancer (enfin j’espère!)

En fait, en consultant votre site internet, on remarque plusieurs affiches ou bandes dessinées éducatives (sur le consentement, sur la méthode scientifique, etc.) que vous rendez disponibles pour les profs, les parents et les bibliothécaires. Est-ce eux qui vous en font la demande ou est-ce vous qui avez décidé de créer ces projets ?

C’est moi! J’ai tellement d’idées et de projets que je ne trouverai jamais assez d’éditeurs pour tout publier ce que je fais, alors j’en profite pour faire des trucs gratuits et passer mes petits messages. En tant que maman et citoyenne, ça va m’aider aussi si la prochaine génération est plus éduquée, plus ouverte, plus curieuse et plus tolérante! C’est mon apport bénévole à la société dans laquelle mes filles grandiront. Et en plus, ça m’aide dans ma créativité de ne pas laisser toutes ces idées moisir dans ma tête!

En quoi est-ce important pour vous que des profs ou des parents aient accès à ce genre de ressources pour les enfants ?

Tout ce qui peut aider les profs et les parents à amener les enfants plus loin dans leur apprentissage m’est bénéfique, à moi comme à tout le monde. Comme je le répondais à la précédente question, j’ai envie de vieillir dans une société meilleure et plus éduquée! En attendant que le gouvernement investisse dans l’école de façon satisfaisante, je choisis de faire ma part comme je le peux.

Pourquoi avoir choisi de rendre ces affiches disponibles gratuitement sur votre site internet ?

Pour qu’elles soient le plus accessibles possible. Ces affiches véhiculent des messages qui me tiennent à cœur; je veux qu’elles circulent!

Pensez-vous écrire éventuellement des albums avec une portée plus sociale, ou du moins avec un « message » qui reprend ceux de vos différentes affiches ?

Comme je le répondais plus tôt, pour moi, presque tous mes livres véhiculent des messages semblables, mais ces messages sont « cachés » derrière des blagues et des histoires amusantes. Je n’ai pas envie de faire des livres trop clairement pédagogiques; je pense à moi en tant que lectrice et je veux que, si on me fait la morale, on le fasse subtilement! Et mon but premier, en tant qu’auteure, est que les enfants s’amusent en lisant. Le reste, les messages que les gens perçoivent, les utilisations pédagogiques que les enseignants en font, c’est le glaçage sur le gâteau!

Certaines de vos œuvres (Ada la grincheuse en tutu, Olga et le machin qui pue) mettent en scène des personnages de filles décidées qui cassent le moule de la princesse ou de la « girly » de service. Vous considérez-vous comme une auteure féministe ?

Je suis certainement féministe, donc j’imagine que oui, on peut dire que je suis une « auteure féministe ». Mais il y a beaucoup d’autres valeurs que j’essaie de passer dans mes ouvrages.

Est-ce important pour vous de mettre de l’avant des modèles féminins inspirants ?

Oui! Je veux que mes filles et leurs congénères grandissent entourées de modèles et confiantes en leurs capacités, Mais plus ça va, plus j’ai envie de faire des livres avec des modèles différents et inspirants de garçons, aussi.

Quelles sont les femmes qui vous inspirées durant votre parcours ?

Haha, la liste est trop longue! Mais disons qu’en ce moment, je suis très inspirée par Pénélope Bagieu, Jillian Tamaki, Kate Beaton et Lisa Hanawalt… plein de bédéistes qui n’ont pas froid aux yeux et qui me font mourir de rire.

Toutes les illustrations sont tirées du site d’Élise Gravel et sont soumises aux droits d’auteurs.