En octobre 2017, les éditions de la courte échelle faisaient paraître deux albums biographiques, sur Marie Curie et Amelia Earhart. J’avais profité de l’occasion pour contacter Carole Tremblay, éditrice jeunesse, pour qu’elle nous en dise un peu plus sur cette nouvelle collection inspirante. Voici donc le compte-rendu de nos discussions.

Comme il s’agit d’un achat de droits, la version originale étant publiée en espagnol, j’ai voulu savoir ce qui avait attiré la courte échelle dans cette collection. Selon Madame Tremblay, c’est « Le fait qu’elle s’adresse à de jeunes enfants, c’est-à-dire des lecteurs et des lectrices à partir de 6 ans. » Elle ajoute que « Nous [le groupe d’édition la courte échelle] croyons qu’il est important de présenter des modèles féminins forts le plus tôt possible aux petits. Il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les princesses de Disney en matière de modèles. »

En plus de cette ligne éditoriale qui rejoint bien l’éditeur québécois, l’éditrice apprécie également que « chaque biographie débute par une présentation de la personne alors qu’elle était enfant, ce qui permet aux jeunes lecteurs et jeunes lectrices de s’identifier davantage à l’histoire. Les textes sont courts et simples. La facture graphique, avec ses belles illustrations en couleurs, nous a aussi beaucoup plu. » Comme on peut le voir, les qualités de cette collection ne manquent pas !

Mais pourquoi avoir privilégié un achat de droits plutôt qu’une création originale par des artistes québécois ? Là encore, les raisons sont nombreuses. Pour Carole Tremblay, « lorsqu’on achète des droits, il y a une partie du travail de fait : le choix du format, de la maquette graphique, de la typo, etc. Un grand nombre de décisions ont déjà été prises. » Elle ajoute que « Quand on trouve sur le marché international une collection qui correspond à ce qu’on a envie de faire, alors que l’idée d’une telle collection commençait à germer dans notre esprit, c’est un beau cadeau. » On peut donc dire que le terrain était fertile chez la courte échelle, et qu’une telle acquisition tombait sous le sens.

Et pour ceux qui se demandent pourquoi regarder à l’international, l’éditrice jeunesse explique qu’« il y a tellement de livres publiés dans le monde. À la courte échelle, on pense que lorsque les ouvrages sont de qualité, il faut leur offrir toute la visibilité possible. Ce n’est pas nécessaire de multiplier les clones. » Voilà une philosophie intéressante qui ne concerne pas seulement la courte échelle !

Carole Tremblay parlait plus haut d’une envie qui rejoignait la collection « De petite à grande ». Je lui ai donc demandé en quoi celle-ci s’inscrivait dans le programme éditorial de la maison. Elle m’a répondu que « Dans nos choix éditoriaux, on garde toujours en tête qu’il est important de présenter des modèles féminins forts, autant dans la fiction que dans le documentaire. Il y a encore beaucoup de place à prendre pour les filles en littérature et nous entendons bien participer à cette importante et nécessaire prise de parole. » On voit ici à quel point le rôle d’un éditeur dans la transformation du paysage littéraire est crucial, particulièrement lorsqu’on s’adresse aux jeunes.

Puisque je l’avais déjà interrogée sur l’achat de droits, j’ai voulu relancer l’éditrice au sujet de personnalités bien de chez nous. Non seulement la courte échelle y est ouverte, mais il semble qu’il y ait de l’espoir en ce sens, même s’il reste du travail à faire. Pour citer Carole Tremblay, « Nous aimerions beaucoup ajouter des personnalités québécoises, canadiennes et autochtones à la collection. Nous sommes en négociations avec l’éditeur original pour qu’il nous permette de le faire, ce qui ne s’avère pas aussi simple que nous l’espérions, car les créatrices veulent garder un certain contrôle sur le contenu qui est associé à leur collection. »

Pour vous faire patienter, sachez que la version originale de la collection compte plus que deux titres. J’ai même pu obtenir certaines informations au sujet des prochains titres qui viendraient bonifier la version québécoise : « Rosa Parks est en préparation et devrait paraître au printemps. On trouvait qu’il était primordial de mettre un peu de diversité dans la collection et cette figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale s’est imposée. La prochaine élue sera probablement la pionnière de l’informatique, Ada Lovelace, afin de rappeler aux jeunes que le monde de la technologie n’est pas une chasse gardée masculine. » Comme on peut le constater, l’équipe de la courte échelle compte bien poursuivre le travail amorcé avec cette collection.

D’ailleurs, je me suis interrogé sur les raisons qui poussent Carole Tremblay et la courte échelle à offrir des documentaires comme « De petite à grande ». L’éditrice m’a expliqué que c’est parce qu’« Il nous semble important de présenter des modèles féminins forts aux enfants, et ce autant aux garçons qu’aux filles. Ces livres permettent de comprendre que chaque enfant peut devenir une personne inspirante dans divers domaines, quelqu’un capable de changer les choses par son courage et sa détermination, quel que soit son sexe. »

Et quand je lui ai demandé de choisir une figure féminine qui viendrait bonifier la collection, Carole Tremblay a eu ces mots forts intéressants : « Il y en a beaucoup. L’idée, justement, ce n’est pas d’en élire une parmi toutes les autres, mais de montrer qu’il y a de nombreuses possibilités, que chacun et chacune est unique et doit trouver sa façon de faire sa place dans le monde. »

Comme on peut le voir, cette collection est un coup de cœur et une véritable prise de position de la part de la courte échelle. Et pour les avoir lus, je peux vous dire que tous les parents et les enseignants devraient mettre ces magnifiques biographies entre les mains des enfants. Le monde ne s’en porterait que mieux ! Un gros merci à Carole Tremblay, éditrice jeunesse au groupe la courte échelle pour ses réponses pertinentes et inspirantes !

Ce texte est initialement paru sur le site de la Campagne pour la lecture.